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Message à la nation après l’attentat contre les troupes en opération de Maintien de la paix- AMISOM


Militaires burundais qui participent au maintient de la paix dans le cadre de l'AMISOM

Burundaises, Burundais, cher.e.s compatriotes


Pour la nième fois le Burundi vient de perdre ses fils partis pour ramener la paix en Somalie sous les uniformes de l’Union Africaine. Il s’agit de douze militaires, de douze burundais, de douze fils, frères, parents, voisins et amis qui viennent de perdre la vie.


MAP-BURUNDI BUHIRE a appris cela avec grande tristesse cette attaque survenue le 14 septembre 2019 dans la région de Moyenne Shabelle en Somalie. Cette tragédie s’ajoute à un autre lot de pertes en vies humaines au sein du contingent burundais déployé depuis 2007 en Somalie. Si les statistiques du Ministère de la Défense nationale et des Anciens combattants ne sont jamais portées au public pour avoir une idée claire sur nos héros non chantés par le régime, les recherches menées par des centres spécialisés sur les questions de sécurité montrent que des centaines voire des milliers de soldats burundais ont déjà péri dans ce bourbier somalien.


L’Union Africaine, la patronne de la mission, consciente des pertes déjà recensées a érigé dans le périmètre des locaux du Conseil de paix et sécurité de l’UA un Mémorial dédié aux soldats de la paix sur lequel seront gravés au fur et à mesure tous les noms des soldats tués au cours des opérations africaines de maintien de la paix. Oui, c’est certes une reconnaissance mais qui déjoue la doctrine de « zéro mort » dans les opérations de paix qui est mise en avant depuis bien d’années par les Nations Unies et les Etats contributeurs de troupes.


Cette doctrine voudrait que les soldats de la paix soient protégés dans l’exercice de leur mission. Les équipements utilisés doivent refléter cette exigence de protection préalable des soldats. MAP-BURUNDI BUHIRE en appelle à la conscience des dirigeants de l’Union africaine et des Nations Unies, que la vie n’a pas de pris, et que le bon soldat de la paix est celui qui reste en vie après la réussite de sa mission.


En cela les deux instances doivent veiller à la vie des contingents déployés en leur dotant des matériels de qualité qui protègent autant que faire se peut les soldats, les soldats burundais y compris. Nous savons que les soldats burundais sont parmi les moins mieux équipés pour faire face aux terroristes Shebab. Beaucoup d’organisations burundaises et internationales ont déjà souligné ce défi qui cause d’énormes pertes au contingent burundais.


A partir de cette dernière attaque, nous réalisons à quel degré le Burundi a réduit ses filles et fils sous treillis à une armée de mercenaires. En effet, ce sont les mercenaires qui ne reçoivent pas les honneurs étatiques dévolus aux soldats morts pour la cause de la paix. C’est devenu une coutume, les soldats envoyés par la nation burundaise sont tués, et il n’y a ni deuil national ni funérailles dignes qui mettraient le peuple à l’unisson pour la cause de la paix internationale. Figurez-vous, aucun communiqué du gouvernement condamnant ces attaques n’a paru. Même sur le site du Ministère de la défense nationale et des Anciens combattants, aucune trace ne met en exergue cette tragédie.


Finalement, il y a lieu de faire remarquer que l’unique fois où le monde a assisté à l’intervention des différentes institutions de la République sur le sort des soldats burundais déployés en Somalie était le débat autour de la paie directe ou indirecte des soldats missionnaires par l’Union africaine. Cela vient corroborer l’idée répandue selon laquelle seul l’appât du pécule payé par l’Union africaine à chaque soldat, sur chaque soldat et sur matériel utilisé intéresse les dirigeants burundais.


Mais il n’y a rien d’étonnant, un régime qui tue son peuple ne saurait être dérangé par une dizaine de soldats fauchés et pour lesquels il sera payé à coup de billets verts (50.000 USD par soldat tué, et 10.000 USD par soldat blessé) de compensation. Consécutivement à ce drame national et panafricain, MAB-BURUNDI BUHIRE porte à la connaissance du peuple burundais ce qui suit :


1. MAP-BURUNDI BUHIRE exprime profondément ses sincères condoléances aux familles éprouvées et à leurs frères d’armes qui donnent ce qu’ils ont de plus cher-LA VIE- à la cause de la paix internationale et africaine ;


2. MAP-BURUNDI BUHIRE reste alerté par la situation du contingent burundais projeté en Somalie. Les attaques qu’il endure et qui ne cessent de lui causer des pertes en vies humaines se nourrissent d’une logistique en déphasage avec les réalités contemporaines des soldats de la paix et d’un commandement défaillant issu d’un système mis en place par le régime en place au Burundi faisant de l’AMISOM une forme de butin de guerre pour les anciens maquisards et/ou de récompense pour les dévots du régime qui participent activement dans le drame qui s’abat sur le peuple burundais depuis le 26 avril 2015;


3. MAP-BURUNDI BUHIRE rappelle sincèrement que les soldats burundais méritent mieux que la mort, la désolation, et le déshonneur. Non seulement nos soldats ne sont jamais mis en terre avec les honneurs qu’il leur faut, mais plus grave, leurs noms ne sont jamais portés à la connaissance de la nation entière. Ce déni entretenu par le Gouvernement en place en complicité avec l’Union africaine montre qu’ils ne reconnaissent pas le travail de maintien de la paix fait avec brio par le contingent burundais sur le théâtre des opérations;


4. MAP-BURUNDI BUHIRE rappelle que cette tragédie vient encore montrer qu’il est plus que temps de rapatrier les troupes burundaises du bourbier somalien. Après plus d’une décennie, la force de défense nationale a bien aidé à maintenir la paix en Somalie et ailleurs dans le monde. Maintenant elle a le devoir de venir la maintenir chez elle. C’est un secret de Polichinelle, au Burundi seul le régime en place est en paix. Les citoyens sont tués au quotidien, d’autres sont portés disparus, d’autres encore prennent la route de l’exil. Des milliers de gens meurent de faim et d’autres sont acculés à verser des redevances à tous les caciques du régime ;


5. MAP-BURUNDI BUHIRE demande à l’Union africaine, l’Union Européenne et l’Organisation des Nations Unies qui financent l’AMISOM, d’assumer les incompétences et les faiblesses qui s’observent au sein du commandement du contingent burundais et les interpelle à ne pas cautionner cette boucherie des filles et fils du Burundi, qui feraient mieux une fois avec les équipements répondant aux standards qu’ils ont eux-mêmes arrêtés;


6. Nous réitérons notre demande au Gouvernement burundais de faire bon usage des dividendes de l’AMISOM pour moderniser la Force de défense nationale afin de limiter au strict minimum les pertes en vies humaines dans ce genre d’opération, aujourd’hui et dans le futur ;


7. Enfin, MAP-BURUNDI BUHIRE encourage ces militaires qui sont réellement au service de la nation à rester sereins et engagés pour la cause de la paix au Burundi et dans le monde entier. L’heure pour établir les responsabilités du Gouvernement dans cette tragédie finira par sonner.


MAP-BURUNDI BUHIRE reste engagé pour redorer le blason et apporter sa contribution au travail de mémoire des soldats de la Paix, qui s’impose, plus que jamais.



Fait à Manchester, le 18/09/2019


Pour le Bureau de Coordination de MAP-BURUNDI BUHIRE


M. Emery Pacifique IGIRANEZA, Président

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